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« Girl » de Lukas Dhont : une quête d’identité absolue

« Girl » de Lukas Dhont : une quête d’identité absolue

Sorti le 10 octobre 2018 en France, Girl est le tout premier long métrage de Lukas Dhont, jeune réalisateur belge que j’ai eu l’occasion de rencontrer lors de l’avant-première du film à l’UGC Ciné Cité Lille. Primé au Festival de Cannes avec la Caméra d’Or, mais aussi dans la sélection « Un Certain Regard » avec le prix de la meilleure interprétation pour l’acteur principal Victor Polster et la Queer Palm pour le thème de la transsexualité, ce film interroge l’identité sexuelle à travers Lara, une fille née garçon, tournoyant au gré des scènes de danse classique.

Avec ses cheveux blonds ondulés, ses yeux bleus et son sourire angélique, Lara est une adolescente de quinze ans qui souhaite à tout prix devenir danseuse étoile. Dès le début du film, son petit frère et son père l’accompagnent s’inscrire dans une école de danse classique exigeante et réputée qui lui laisse huit semaines pour faire ses preuves. Voici la bande-annonce d’un film magnifique et déroutant.

Lara ou l’expression d’un trouble dans le genre

Le spectateur apprend très tôt que Lara n’est pas une adolescente comme les autres. Née garçon, des médecins l’accompagnent et lui prescrivent un traitement hormonal pour qu’elle devienne une « fille » biologiquement parlant. Or ce film est loin d’aborder les questions transgenres de la même manière que le film Danish Girl (2016) de Tom Hooper, où l’acteur principal oscille entre ses deux identités sexuelles.

Le genre de l’héroïne n’est ici jamais remis en cause : Lara est une fille, là n’est pas la question. Cela est d’autant plus crédible que le visage de l’acteur Victor Polster est encore plus androgyne que celui d’Eddie Redmayne. La situation dans laquelle se trouve Lara semble presque naturelle, même lorsque sa sexualité mise en doute. D’ailleurs, quand son petit frère l’appelle « Victor » par erreur (ndlr : Lukas Dhont a révélé vouloir garder le prénom de l’acteur pour aider l’enfant de six ans à jouer correctement), le spectateur devient confus tant Lara peut être physiquement identifiée à une femme.

Apprendre à changer le naturel

La beauté du film réside dans le tiraillement intérieur auquel fait face Lara jusqu’à la fin, quand genre et sexe biologique ne coïncident pas. Entourée d’un père aimant et (trop) compréhensif – magnifiquement interprété par Arieh Worthalter, d’une école qui l’accepte dans le groupe des danseuses et de médecins à l’écoute qui ne cessent de la soutenir, son combat pour changer de sexe biologique n’affecte qu’elle. En effet, elle se sent comme « emprisonnée » dans un corps qui ne lui appartient plus.

Elle n’hésite alors pas à se faire du mal pour cacher son sexe du mieux qu’elle peut. Elle en vient ainsi à aplatir son pénis avec du sparadrap pour ne pas en voir la forme sous son justaucorps lorsqu’elle danse, et désespère de voir ses seins pousser malgré son traitement hormonal. De même quand elle continue à danser malgré ses saignements incessant aux orteils, qui crispent le spectateur plus d’une fois. Ainsi, l’absence de la figure maternelle dans ce film est un choix judicieux de la part de Lukas Dhont qui a préféré porter l’accent sur la féminité de Lara, incarnant la mère dans sa famille monoparentale.

Un combat illuminé par la danse classique

Finalement, les images du film s’accordent parfaitement à la musique classique qui les accompagnent. Victor Polster est sublimé par une lumière dorée qui caresse son corps à chaque scène. Le seul bémol que l’on peut éventuellement adresser au réalisateur concernant la mise en scène serait l’éternelle ritournelle des plans, entre sa chambre, son cours de danse et la voiture de son père, qui donne une certaine longueur à un film plutôt court.

 Tu veux qu’on te voit comme une fille ou un garçon ? 

D’un autre côté, c’est bien la première fois que la transsexualité est abordée comme une lutte intérieure au cinéma, et non comme une lutte sociale où le personnage transsexuel doit convaincre le monde entier d’accepter son changement de sexe. L’attente de recourir à la vaginectomie et l’envie de quitter cette identité qui la brûle de l’intérieur est insoutenable pour Lara, qui n’hésite pas à commettre l’irréversible pour en sortir.

Un film à voir absolument pour mieux comprendre ce qu’est réellement la transidentité, d’autant plus que les faits sont tirés d’une histoire vraie.

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