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L’art peut-il sauver la planète ?

L’art peut-il sauver la planète ?

L’activisme artistique en faveur de l’écologie n’est pas une idée nouvelle. Déjà à la fin du XXème siècle, un mouvement d’art contemporain dit « écologique » émerge. Il atteste d’une envie de réussir là où la vulgarisation scientifique classique échoue : sensibiliser les publics aux enjeux environnementaux. L’art écologique nait ainsi aux États-Unis avec le mouvement précurseur du Earth Art (ou Land Art), apparu dans les années 1960. Les artistes endossent alors un rôle de médiateurs, de porte-paroles de la cause écologique. Leur but ultime est d’éveiller les consciences afin de produire un changement sociétal durable.

La revendication politique indissociable de la démarche artistique

Pour exacerber les sentiments des publics, les artistes font usage de métaphores et d’images fortes et poétiques. Pourtant, l’approche artistique demeure avant tout une prise de position politique. Si certains artistes réfutent cette dimension intrinsèque à l’art écologique, la chercheuse Joanne Clavel rétorque : « L’art vert est forcément politique, puisqu’il agit sur les consciences et change les mentalités ». L’art est donc indéniablement une forme d’activisme. L’Argentin Nicolás Uriburu est un pionnier de l’activisme artistique. Pour dénoncer la pollution croissante, il colore en vert fluo le Grand Canal de Venise en 1968 à l’aide de fluorescéine.

Par ailleurs, une collaboration se met en place entre l’artiste et l’ONG Greenpeace entre 1998 et 2010. Cette collaboration nait d’un manque de soutien institutionnel des actions de l’artiste. Conjointement, ils mènent quatre grandes actions dans l’espace public pour y dénoncer les scandales environnementaux. « Proyecto Yaguareté » est alors la première action réalisée avec Greenpeace à Buenos Aires en 1998. Il dénonce ainsi la disparition d’une espèce de jaguar à cause d’un gazoduc dans l’habitat naturel des Yaguaretés.

Quand la politique institutionnalise l’art écologique

Les artistes sont déjà intégrés à la scène politique lors de la conférence sur le climat de Copenhague en 2009. Cette expérience se réitère lors de la COP21 de 2015 en parallèle de l’ArtCOP21. Avec le concours de diverses institutions, les installations porteuses d’un message écologique envahissent les rues parisiennes. Pourquoi privilégier l’art plutôt qu’une autre forme de médiation, à l’instar de la presse, pour diffuser un tel message ? La majorité des œuvres présentées lors de l’ArtCOP21 envahissent l’espace public et confrontent ainsi directement les spectateurs. L’art a cette capacité d’envahir tous les aspects du quotidien.

La culture comme quatrième pilier du développement durable

La culture a désormais changé de rôle et est même considérée comme le quatrième pilier du développement durable pour l’Agenda 21. Le Rapport Brundtland de 1987 envisage le développement durable uniquement sous trois prismes : la croissance économique, l’inclusion sociale et l’équilibre environnemental. Toutefois, des institutions telles que l’UNESCO mettent en avant l’idée que ces dimensions ne reflètent pas toutes la complexité de nos sociétés actuelles. Ces acteurs envisagent la culture comme façonnante dans ce que chaque population entend par « développement ». La culture détermine alors les actions concrètes à mettre en place. Ces idées sont portées lors du congrès international de Hangzhou du 15 mai au 17 mai 2013. Intitulé La culture : clé du développement durable, il s’agissait du premier congrès international spécifiquement consacré au lien entre la culture et le développement durable.

Le monde ne fait pas uniquement face à des défis d’ordre économique, social ou environnemental. La créativité, la connaissance, la diversité et la beauté sont autant de fondements indispensables au dialogue en faveur de la paix et du progrès. Ces valeurs sont, en effet, intrinsèquement liées aux notions de développement humain et de liberté.

Une incitation croissante à l’activisme écologique

De nombreux prix encouragent la production d’art écologique à l’instar du Prix Pictet ou le Prix COAL Art et environnement. Ce dernier est créé en 2010 et placé sous le haut patronage du ministère de l’Écologie, du ministère de la Culture et du Centre national des arts plastiques. Bien loin des démarches illégales telles que celles entreprises par Nicolás Uriburu, ces prix témoignent d’une volonté de pousser les artistes à l’activisme artistique. Parmi les nominés marquants du Prix COAL, le collectif artistique français HeHe (Le Havre) est justement parvenu à envahir l’espace public avec son installation « Nuage Vert ».

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Hehe, "Nuage Vert", 2008 / © Niklas Sjöblom
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Hehe, "Nuage Vert", 2008 / © DR

Tous les soirs du 22 au 29 février 2008, le nuage de vapeur qui s’élevait de la centrale électrique de Salmisaari en Finlande se colorait grâce à un laser de couleur verte. L’objectif était de sensibiliser les riverains à l’impact de la consommation énergétique sur l’environnement. Celui-ci a été atteint car plusieurs habitants ont été interpelés et ont signalé la présence d’un nuage « radioactif » aux autorités. Mais le projet a aussi permis de réduire sensiblement la consommation d’énergie. En effet, le 29 février entre 19h et 20h, le collectif a invité les résidents du quartier, soit 4000 foyers, à débrancher leurs maisons de la centrale. 880MVA d’énergie ont ainsi été économisés équivalant l’énergie produite par une éolienne pendant 60 minutes.

L’art peut-il engager des actions encore plus concrètes pour préserver l’environnement ?

Néanmoins, le constat est que cette forme artistique semble cantonnée à la fonction d’outil de médiation sans impacter de manière concrète la préservation de l’environnement. Une question demeure alors : l’art et la culture peuvent-ils aider à  résoudre les problèmes environnementaux ? Il est judicieux de saluer des initiatives telles que celle de Naziha Mestaoui lors de l’ArtCOP21. Avec son installation One Heart One Tree, l’artiste invitait à créer un arbre virtuel projeté symboliquement sur les grands monuments de Paris. Chaque arbre conçu virtuellement permettait de planter un arbre dans le cadre de projets de reforestation sur les cinq continents.

Une autre initiative prouvant que l’art peut concrètement impacter l’écologie est le projet l’Art pour l’écologie. Cette action est entreprise par le Département de la gestion et de la protection de l’environnement de Moscou. Mis en place en 2018, ce projet unit environnement et culture en invitant les moscovites à trier leurs papiers, le verre, le plastique ou le métal. Ils peuvent ensuite les déposer dans des points de collecte et recevoir en échange un code promotionnel. Ce dernier leur permet d’accéder à l’un des 50 événements culturels de la capitale : concerts, ballets, musées, places de cinéma… L’objectif est de familiariser les citoyens avec les règles de tri des déchets ménagers en alliant l’utile à l’agréable.

Au cours de l’action, nous montrons aux Moscovites que les ordures ménagères sont avant tout des ressources qui peuvent être utilisées de manière raisonnable

ANTON KULBACHEYSKY, chef du Département de la gestion et de la protection de l’environnement de Moscou

De telles initiatives prouvent que l’art peut être bien plus qu’un instrument de médiation. Employé comme un outil d’incitation, il pousse les individus à changer leurs pratiques, produisant un effet direct pour la cause environnementale.

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